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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 13:52

Cette composition d'un texte accompagné d'une photo a été publiée en noir et blanc dans le numéro 4, mais il nous semblait dommage de ne pas vous faire profiter de la version colorée ; la voici donc : 

 

 

regards fenetres de l ame

 

 

Si pour nous, clichés, l’éphémère est par essence éternel, l’image figée renvoyée par notre capture ne saurait pour autant être qu’illusoire. Sous nos regards échangés aux croisées d’univers mitoyens, la candeur de notre jeunesse côtoie le masque âpre d’une fin inéluctable et pourtant distanciée; le reflet d’un cap incertain, d’un miroir gelé que malgré le poids du temps, il nous est impossible de briser. De là notre superbe, notre dédain pour cette fuite sans fin, cet abîme éternel qui s’ouvre à nous sans jamais nous happer. Le temps voit ainsi son œuvre soumise au bon vouloir du démiurge photographe. Engrêlés par cette prison dorée qui a su s’absoudre du marasme dévastateur de l’horloge, et de la faconde enjôleuse de ce temps qui s’oublie, nous voici relayés au rang d’insipides statues de cire.


Sans crier gare, la beauté de nos jeunes années nous a peu à peu aveuglés, pour finalement devenir notre carcan. Comme une preuve irréfutable du cruel instantané que le photographe érige en album-photo de la vie, nos regards insouciants semblent déjà vite éclipsés par la force et l’éclat des portraits de nos homologues ayant pour leur part vécu. Et, par-delà la simple divergence de trajectoire, il nous faut à présent tenter d’exister dans l’ombre de cette diagonale accomplie, puisque nos traits ingénus jouxtent d’ores-et-déjà le marbre statuaire du crépuscule de la vie.


Miroirs immuables et sans relief d’un temps désabusé, éphémères reflets d’une beauté sans âge, rendue froide par la complainte de l’oubli, il nous faut donc sans scrupules nous asservir de la nostalgie magnifiée de nos pairs, ou de la masse anonyme des possibles qui harcèlent nos auteurs, si nous voulons resplendir à nouveau à défaut de jaunir. Astreints au voile sépia venu obscurcir le cliché, il nous faut donc solliciter l’altérité du créateur, pour que le photographe donne à nouveau vie à moi, et suscite un nouveau moi, … un nouvel émoi.

 


Photo de Manu Kodeck (LLN)

Texte de Julian Payasa 

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Published by Ravage - dans Publication
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